"Développons une société de l'engagement"

Publié le 23/11/2017

Christophe Itier, Haut-Commissaire à l'Economie Sociale et Solidaire et à l'Innovation Sociale

Christophe Itier, Haut-Commissaire à l'Economie Sociale et Solidaire et à l'Innovation Sociale

Les initiatives qui concourent à l’intérêt général sont nombreuses et diverses, elles irriguent de plus en plus la société. Ce foisonnement de l’engagement, dont témoigne notamment la vitalité du Service Civique, a une ampleur souvent insoupçonnée. Révéler et encourager les projets qui tissent du lien social, créent de la valeur économique et solidaire, voici une des missions de Christophe Itier, récemment nommé Haut-Commissaire à l’Economie Sociale et Solidaire et à l’innovation sociale.

Comment rendre attractive l’Economie Sociale et Solidaire notamment auprès des jeunes ?

Pour beaucoup de jeunes, l’ESS est déjà très attractive. Pas forcément consciemment car tout le monde ne connaît pas le terme d’ESS ou ne sait pas vraiment ce qu’il recouvre, mais la quête de sens dans l’engagement professionnel est désormais un facteur déterminant, en particulier pour les jeunes générations.

Cette appétence se traduit de façon très concrète : sur les dix dernières années, le nombre d’emplois a progressé de 24 % dans l’ESS contre 7 % pour l’ensemble de l’économie. Les perspectives sont prometteuses : 400 000 emplois seront à pourvoir dans le secteur de la dépendance et d’ici 2020 ce seront plus de 600 000 salariés de l’ESS qui partiront à la retraite.

J’ai la conviction que cette alliance d’une carrière professionnelle ambitieuse et de l’engagement pour l’intérêt général est amenée à devenir la norme.

Quelle sont les forces de cette économie ?

Je dirais que c’est de pouvoir fédérer une très grande diversité d’acteurs autour de valeurs et d’objectifs communs.

On a toutes sortes de structures au sein de l’ESS, beaucoup d’associations, aux modèles très différents, mais aussi des coopératives, des mutuelles, des fondations ou des entreprises sociales. On mêle des acteurs de l’action sociale, soutenus par la puissance publique et des modèles de marché autonomes. Nonobstant leur statut ou leur fonctionnement économique, tous ces acteurs veulent faire évoluer notre société vers un modèle plus respectueux de l’Homme et de la nature.

A mon sens, cette volonté de faire changer positivement les choses définit l’ESS et ceux qui œuvrent à son développement. Ce sont des fondations qui sont en train d’être posées, bâtissons un nouveau modèle : la société de l’engagement !

Ne faut-il pas rendre plus visible cette société de l’engagement ?

C’est précisément ce à quoi je travaille. Il y a quinze millions de bénévoles en France et un quart de nos concitoyens adhère à une association. 2,3 millions de français travaillent dans l’Economie Sociale et Solidaire. Je trouve qu’on ne le sait pas assez, qu’on ne le voit pas assez, qu’on ne le célèbre pas assez.

Il faut miser sur la coordination de toutes les bonnes volontés à notre disposition. Le Service Civique est un excellent exemple, 30 000 volontaires sont engagés au sein de l’Economie Sociale et Solidaire. D’ailleurs, lorsque j’étais directeur de l’association médico-sociale la Sauvegarde du Nord, je faisais appel à ce dispositif. Par leurs missions au plus proche du terrain, ces volontaires incarnent cette volonté d’œuvrer pour le bien commun; ils promeuvent et font vivre au quotidien l’ESS et ses valeurs.

Pour éclairer, donner de la visibilité aux actions de terrain, le Gouvernement travaille à un plan pour mieux accompagner et valoriser toutes ces initiatives, précieuses et utiles pour notre société.

Le Service Civique a-t-il une spécificité dans le monde de l’ESS ?

C’est une initiative qui partage beaucoup, si ce n’est toutes, les valeurs de l’ESS. C’est une innovation sociale en soi de formaliser dans la vie des jeunes des moments d’engagement. L’irruption d’un jeune volontaire dans un fonctionnement et des pratiques professionnelles rodés vient souvent percuter des habitudes, des modes de faire. Cela permet d’interroger l’évidence, de prendre du recul pour changer quelques éléments, ajuster, faire avancer les choses, et parfois innover de manière spectaculaire.

Lorsque nous avions accueilli des réfugiés avec la Sauvegarde du Nord, les jeunes volontaires se sont spontanément mobilisés afin de créer un lien avec les habitants et intégrer cet accueil dans une vie de quartier. C’est un sujet que nous avions identifié mais l’apport des volontaires a été essentiel pour le traiter et contribuer à améliorer nos pratiques.

Et pour vous, c’est quoi l’engagement ?

L’engagement, c’est la prise de conscience de la nécessaire articulation entre l’individuel et le collectif pour bâtir un monde meilleur pour nous et pour nos enfants. Quelle que soit sa forme, l’engagement est un investissement au service de l’intérêt général. C’est une affaire commune et chacun, à son niveau, doit pouvoir prendre sa part.

Pour qu’advienne cette société de l’engagement, il faut le rendre visible, encore plus dans un pays où l’on se pense nous-mêmes comme individualistes et râleurs. Les faits démontrent le contraire et nous allons tout faire pour le faire savoir !