"Souvent les jeunes réinterrogent de manière constructive nos manières de faire ou de penser"

Publié le 21/11/2017

Bernard Le Bec, Directeur général adjoint des services Solidarités et Innovation sociale, Ville d'Evry

La bonne santé d’une société se mesure à l’engagement de sa jeunesse. Cependant, si la relation avec les institutions n’est pas toujours évidente, elle se développe efficacement au niveau local. Les exemples ne manquent pas. Evry en fait partie. Nous avons rencontré Bernard Le Bec, directeur général adjoint des services Solidarités et Innovation sociale et Karima El Kharti, chargée de mission Engagement Jeunesse de la Ville d’Evry pour évoquer leurs succès, leurs projets et le rôle qu’y joue le Service Civique.

Comment fabrique-t-on de l’engagement lorsque l’on est une municipalité ?

En étant prêt à s’engager soi-même. Comme pour tout projet d’ampleur, il faut une véritable volonté politique et une constance dans l’action. C’est ce que nous essayons de faire tous les jours à Evry. Il faut dire que nous avons un gisement d’engagement particulièrement important ! La moitié de la ville a moins de 30 ans et il y a un vrai foisonnement d’initiatives de la société civile. Le rôle de la municipalité est de soutenir et d’encourager ces initiatives tout en offrant également des opportunités d’engagement au service de l’intérêt général. Pour cela, toutes les occasions sont bonnes et aucun outil n’est négligé.

A quels moyens faites-vous appel ?

Il y a depuis longtemps à Evry une réelle volonté politique en matière d’engagement des jeunes. L’objectif a toujours été de créer un lien de confiance mutuel. Nous avons mis en place il y a quelques années le Conseil des Jeunes d’Evry, constitué de jeunes de 16 à 25 ans qui, en plus d’être les interlocuteurs privilégiés de la Mairie, organisent des débats et des évènements. Il y a également la Fabrik’, une sorte de guichet unique de la jeunesse où sont centralisés les services dédiés : c’est un point d’information et d’échanges mais aussi un lieu d’apprentissage, de travail et de vie où chacun peut développer ses projets, quelle que soit leur nature.

Les outils classiques de l’action publique peuvent aussi constituer un lien fort et utile avec la jeunesse : les stages et contrats aidés ou d’insertion permettent de répondre à des besoins particuliers tout en donnant la possibilité aux jeunes de travailler pour l’intérêt général.

Le Service Civique est naturellement venu s’inscrire en complémentarité avec les dispositifs existants, en offrant un cadre rassurant pour les jeunes. C’est pourquoi nous l’avons adopté dès sa création en 2010. D’une dizaine de volontaires en mission de Service Civique par an à l’époque, nous sommes passés à plus de 35 et la demande ne faiblit pas, la volonté de s’engager est vraiment là.

Qu’est-ce qui fait la spécificité des missions de service civique ?

La réciprocité du lien. Le fait que le dispositif soit fondé sur la volonté de s’engager au service de l’intérêt général impose d’emblée un but commun et une approche très coopérative. Nous donnons l’occasion aux jeunes de découvrir le monde de la collectivité et des actions qu’elle mène pour chacun. Mais nous apprenons autant des volontaires qu’ils apprennent à nos côtés. Le lien entre tuteurs et volontaires est un lien particulier, car non hiérarchique, qui permet un véritable échange. Souvent les jeunes réinterrogent de manière constructive nos manières de faire ou de penser.

Ainsi, les missions sont définies conjointement et sont améliorées d’année en année en fonction de leurs retours. Cela passe parfois par des choses simples : former des tuteurs, des agents de la ville toujours volontaires issus de tous les services de la ville, à l’accueil de jeunes en Service Civique, mettre si possible ces jeunes en binôme car cela les rassure et les encourage à l’initiative, toutes ces petites choses qui permettent à chaque fois de créer plus de lien.

C’est une expérience vraiment spéciale. Elle marque durablement les jeunes. Souvent on les voit grandir pendant cette période, ils sont très différents entre le début et la fin de leur mission. De plus en plus de services manifestent désormais leur intérêt pour accueillir des jeunes en Service Civique et nous essayons de créer des missions véritablement utiles pour eux, pour nous et pour les habitants.

Justement, sur quels sujets portent ces missions ?

Des sujets très divers, qui en plus évoluent ! Beaucoup concernent les relations intergénérationnelles, le domaine sportif ou l’environnement. Cela va des visites en maison de retraite au recensement du patrimoine arboré de la ville en passant par des initiatives au service de l’Epicerie sociale. On a assisté à de belles choses, les jeunes se sont souvent investis bien au-delà de ce que l’on attendait d’eux. Ainsi, les jeunes de l’Epicerie sociale ont réussi à récolter plus de 1 500 kg de nourriture au service des plus démunis à travers un démarchage très actif dans les centres commerciaux.

Comment expliquer cet investissement ?

Je suppose que chacun a ses raisons, mais je remarque que beaucoup évoquent le sentiment d’être utile, et ils le sont. C’est un vrai motif de fierté pour eux. D’ailleurs, nombreux sont les anciens volontaires qui sont aujourd’hui engagés autrement, au Conseil des Jeunes, ou dans des associations. Huit promotions de Service Civique sont passées chez nous depuis sa mise en place. Cela représente tout de même 200 jeunes. Ils repassent souvent pour voir comment a évolué leur action, donner un coup de main, des conseils à ceux qui sont aujourd’hui en Service Civique.

Il y a un sentiment d’appartenance. Ils se reconnaissent dans cette volonté d’avancer toujours ensemble, d’aider l’autre. Au-delà de l’état d’esprit, il y a aussi des moments partagés, ils se voient tous les mois entre eux pour échanger. D’autres moment sont réellement fondateurs comme la Cérémonie annuelle qu’ils ont organisée l’an dernier où ils ont fait venir le ministre de la Jeunesse et des Sports, ou encore lorsqu’ils ont défilé sur les Champs Elysées à l’occasion du 14 juillet. Ce sont des émotions qui marquent.

Et pour vous, c’est quoi l’engagement ?

C’est le lien et sa richesse. C’est se demander « Qu’est-ce que je peux faire aujourd’hui pour ma ville, pour les autres ? ». C’est l’évidence que ce que l’on reçoit en échange est souvent bien plus précieux et que l’on fait toujours mieux les choses ensemble. C’est important de valoriser cela, de dire qu’il n’y pas de petits et de grands engagements mais que c’est un état d’esprit. Que l’on soit en Service Civique ou que l’on donne une heure de son temps quand on le peut, la valeur de l’engagement est la même. Durant les quelques minutes dédiées à aider une personne âgée à porter ses courses, on aura plus d’importance que n’importe qui pour cette dame ! Si chacun se souvient qu’un jour on lui a tendu la main, tout le monde sera plus prompt à le faire et parmi les jeunes que je croise tous les jours à Evry, beaucoup ne demandent qu’à la tendre.