Chloé Legentil : tutrice de volontaires au sein de l'association des CEMEA

Publié le 04/05/2016

Bonjour Chloé, pourquoi avoir choisi d’être tutrice de personnes en situation de handicap
Parce que je m’inscris dans l’association CEMEA (Centres d'Entrainement aux Méthodes d'Education Active) qui depuis très longtemps travaille avec la volonté d’ouvrir l’ensemble de leurs activités aux personnes en situation de handicap. Nous accueillons des volontaires en service civique depuis le début de la création du dispositif. Depuis février 2014 une plateforme est mise en place sur la question de la participation des personnes en situation de handicap à la citoyenneté. Cette plateforme est co-portée par les CEMEA et le collectif T'cap en Loire-Atlantique. C’est dans ce cadre-là que le Service Civique comme forme d’engagement trouve sa place.

C’est donc via cette plateforme que vous vous êtes engagée…
Oui dans le cadre de cette plateforme nous avons réalisé un diagnostic partagé, et nous avons pu constater que les jeunes en situation de handicap eux – mêmes ne se représentaient pas le dispositif Service Civique comme étant pour eux. Mais il y a autant de travail à faire du côté des associations, pour répondre à leurs appréhensions, et du côté des professionnels médico-sociaux pour qu’ils relaient l'information sur ces dispositifs auprès des jeunes… La plateforme nous a permis de réunir ces différents acteurs et d'agir en co-construction pour lever ces freins et aujourd'hui l'accueil est devenu possible ! Je coordonne cette plateforme, être tutrice de volontaires en situation de handicap s'inscrivait donc pour moi, dans la continuité de cet engagement. Un engagement porté de manière collective au sein de l'association des CEMEA.

Comment ça se passe au quotidien ? Y-a-t-il des éléments à garder en tête pour ces jeunes ?
C’est difficile pour moi de voir des différences puisque l’idée est de construire le parcours en fonction de la personne. L'élément à garder en tête pour ces jeunes c'est qu'avant d'avoir le ''handicap'' il y a bien une personne avec son histoire, son parcours, ses spécificités, ses besoins, ses envies. Il n'y a pas une bonne manière de faire, ni une difficulté type. Finalement la grande difficulté que j'ai rencontré a été de mettre en place le dispositif. J'ai moi-même réalisé un service-civique et quand j’ai voulu le faire ça été très rapide pour le mettre en place alors que pour Kévin par exemple cela a pris un an pour des raisons essentiellement administratives, pour expliquer le dispositif à l’ESAT (établissement et service d'aide par le travail) et construire avec eux un parcours de service-civique adapté pour qu'il ne perde pas sa place en ESAT.

Et votre rôle consiste en quoi ? Vous êtes avec eux sur le terrain?
Oui ça dépend des moments et de leurs besoins. Mon rôle à moi est d' assurer l'accompagnement, le suivi du parcours des volontaires, de favoriser leur autonomie en réfléchissant les outils pour permettre cette autonomie au sein de l'association et dans leurs missions. Garantir des temps de parole où ils pourront exprimer leurs ressentis, leurs besoins, leurs envies, leurs difficultés. Ainsi à chaque fin de semaine je mets en place un temps de bilan avec les volontaires pour récolter leur parole et nous faisons une projection de semaine à venir en fonction de leurs retours. Ce bilan me permets d'adapter mon accompagnement, penser de nouveaux outils … Dans mon esprit avec les volontaires on fait équipe.

Quel genre de missions sont-ils amenés à faire ?
Elles peuvent-être diverses. Kévin par exemple a une mission de soutien de la vie associative de l’association Nous aussi. C’est une association érigée par et pour des personnes déficientes intellectuelles. C’est une association que les CEMEA accompagnent depuis 3 ans. Son témoignage fait également partie de sa mission puisque l’objectif est de faire changer le regard. Pour Jérémy, lui aussi est sur une mission de sensibilisation au handicap, il est également sur la réalisation d'un répertoire de jeux adaptés à destination des animateurs. Par ailleurs dans le cadre du Service Civique ils ont des projets personnels. Kévin veut se former à la vie associative. Jérémy de son côté souhaite devenir animateur, nous l'accompagnons donc à passer son BAFA. Un BAFA franco-allemand, ce qui lui permet également d'être dans une démarche de mobilité européenne, une nouvelle expérience pour lui.

Sont-ils confrontés à des difficultés?
Quelques-unes oui. Jérémy par exemple a quelques difficultés de mémorisation et d'orientation liées à son handicap, ce qui nécessite de mettre des outils en place. Mais à chaque volontaire accueilli ses propres difficultés, le travail mené n'est pas spécifique au Handicap, le volontariat doit pouvoir s'adapter aux spécificités de la personne, quel qu'elles soient... Une des difficultés que l'on peut rencontrer c'est une tendance à la sur-protection par moment de la part de certains membres de l'association (des autres volontaires en service-civique ou de salariés).

Et en ce qui concerne les freins ?
Les missions ne sont pas toujours adaptées et les associations ont besoin d’être rassurées. Ce ne sont pas des volontaires qui prennent plus de temps ou d’énergie que n’importe quel volontaire. Nous sommes nombreux à vouloir faire bouger les choses notamment du côté des associations avec par exemple T’Cap, Handisup ou UnisCité. Tous les deux mois on se rencontre pour échanger et co-construire un guide à destination des tuteurs afin de diffuser, rassurer et ainsi encourager l'accueil de volontaires en situation de handicap.

Pensez-vous renouveler l’expérience de tutrice ?
Oui tout à fait.

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