[ORGANISMES] Dr Nelly Le Reun, EHPAD à Brest

Publié le 09/08/2017

SC : Depuis, combien de temps accueillez-vous des volontaires en Service Civique ? Comment les choisissez-vous ?

NR : L’accueil se fait depuis 2013.

Je dépose une annonce sur le Site du service Civique. Je m’entretiens par téléphone avec chaque jeune qui a répondu. Je sélectionne quelques uns afin de les rencontrer avec le cadre de santé qui sera leur référent et nous choisissons ensemble ceux qui nous semblent motivés et aptes à accompagner des personnes âgées.

SC : Vous accueillez les jeunes au CHRU ou à l’EHPAD ?

NR : A l’EHPAD et en USLD, dans un établissement géré par le CHRU.

SC : Savez-vous si votre établissement a demandé son propre agrément ou s’il est passé par un réseau ?

NR : Nous avons demandé directement notre agrément auprès de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale du Finistère.

Nous sommes agréés depuis le 27 février 2013 pour accueillir 3 volontaires par semestre et nous avons obtenu un renouvellement d’agrément en 2015 pour accueillir 8 volontaires par semestre.

SC : Combien de volontaires du Service Civique avez-vous accueilli au total ?

NR : 38 depuis 2013 : 3 volontaires en 2013, 7 en 2014, 12 en 2015 et 16 en 2016.

SC : Comment se passe l’organisation du planning avec les volontaires ?

NR : Nous avons établi un planning hebdomadaire alternant temps de présence le matin et l’après-midi. Le planning est fait sur 4 semaines avec une présence des volontaires matin et après-midi : soit 9h-14h, soit 13h30-18h30, soit 14h- 19h

Les volontaires ont une mission de 25h par semaine du lundi au vendredi pendant 6 mois. Pour les jeunes qui cumulent un petit job à côté, le planning est adapté mais les horaires restent en relation avec le rythme du lever et du coucher des personnes âgées.

SC : Au sein de votre structure, combien de tuteurs êtes-vous ?

NR : Nous avons un directeur qui s’occupe de la partie administrative. Un cadre de santé référent des volontaires se charge de leur intégration auprès des personnes âgées et des professionnels. Je suis seule tutrice : je m’occupe du recrutement, de la formation, du soutien, de l’accompagnement des volontaires.

SC : Combien de volontaires suivez-vous ? Quel suivi leur apportez-vous ? A quelle fréquence ?

NR : J’ai accompagné 38 jeunes dans leur mission. Je les rencontre une fois par mois de manière formelle pour évoquer leur mission : son contenu, leur ressenti, leur projet d’avenir. J’ai aussi un rôle d’écoute de leurs difficultés personnelles, familiales, et dans ce cas je les reçois à leur demande.

Je veux vraiment que tout se passe bien pour eux, qu’ils puissent très vite dire s’ils rencontrent des difficultés. Je les rassure, leur apprend à se positionner dans leur mission. Je prends le temps s’ils en ont besoin d’évoquer le décès des personnes qu’ils accompagnaient.

SC : Quelle formation de départ reçoivent-ils ?

NR : Ils reçoivent le premier jour une formation à leur mission :

L’ergothérapeute leur montre l’usage du matériel pour les personnes à mobilité réduite (bon usage des fauteuils roulants, des fauteuils confort) pour que les volontaires puissent être indépendants des professionnels dans les déplacements des personnes âgées. Moi, je les forme sur l’hygiène des mains et sur des thèmes gériatriques : les besoins nutritionnels, les troubles de déglutition, les troubles de comportement des personnes âgées ayant des maladies neurodégénératives.

SC : Quelles autres formations reçoivent-ils ?

NR : Une formation civique et citoyenne qui est dispensée par des associations agréées. Des thématiques leurs sont proposées et ils s’y inscrivent selon leur disponibilité. C’est l’occasion pour eux de rencontrer d’autres volontaires et de partager leurs expériences. Une formation leur a particulièrement plu, ils avaient passé 2 jours dans une mairie et avaient rencontré le maire et des députés et avaient abordé plusieurs sujets comme celui des élections.

Ils reçoivent aussi une formation aux premiers secours par les pompiers. J’essaye de les inscrire le plus tôt possible à cette formation parce qu’elle les sécurise.

SC : Combien de temps dure l’observation des différents métiers ?

NR : La première semaine est une semaine d’observation en compagnie des volontaires qui terminent leur mission. Ils ont un mois en commun.

Les volontaires qui en font la demande ont la possibilité d’observer pendant une journée les professionnels qui ne sont pas dans notre établissement : une puéricultrice, un ambulancier, une assistante dentaire… ceci en fonction du projet d’avenir qu’ils construisent. Il est possible d’accéder à plusieurs demandes de journées d’observation par volontaire.

Le but étant de sortir renforcé de cette mission et d’avoir été mis en lien avec des professionnels dont les métiers les intéressent.

SC : Avez-vous suivi la formation gratuite proposée par le Service Civique aux tuteurs ?

NR : Oui, je l’ai faite deux fois.

Cela permet le partage d’expériences entre les tuteurs. Cela m’a rassuré sur ce que je faisais et m’a permis de fixer mes limites dans le nombre de jeunes accueillis, car cette fonction de tutrice se rajoute à mon métier de médecin.

SC : Quelles sont leurs principales missions ?

NR : Les volontaires du Service Civiques assurent auprès des résidents une mission d’accompagnement individualisé occupationnel ou relationnel (jeux, lectures, discussion, promenade, etc.) et d’assistance au repas.

Une fois les toilettes faites, les jeunes attendent les résidents dans la salle commune et/ou viennent à leur rencontre dans les couloirs. Ils les accueillent individuellement, lisent le journal, mettent de la musique, démarrent une partie de dominos…

Au sein de l’établissement, l’après-midi est dédiée aux animations par les animateurs et bénévoles. Le rôle des volontaires est de rendre visite aux résidents isolés qui ne vont pas aux animations.

SC : Qu’est-ce qu’ils vous apportent au quotidien ?

NR : Cela m’a apporté beaucoup, car cela a beaucoup apporté aux résidents ! Le mélange des générations est bénéfique. Ils ont avec les résidents une « présomption de compétence » et souvent ils essayent des activités qu’on ne pensait pas possibles. Les activités sont faites au rythme des résidents et leur font plaisir.

SC : Les laissez-vous prendre des initiatives en organisant des jeux, des sorties ? Quel est leur degré d’autonomie ?

NR : Je suis ouverte à toute activité qu’ils me soumettent. On m’avait demandé par exemple de commander des mallettes de manucure pour faire les ongles des résidentes. C’était une très bonne idée et cela a très bien marché !

SC : Peuvent-ils modifier le contenu de leur mission ?

NR : Cela a été proposé à ceux dont je me rendais compte qu’ils se lassaient parce qu’ils étaient moins ponctuels, plus souvent absents. Mais il suffit de leur proposer pour qu’ils se rendent compte de leur utilité et se réinvestissent dans leur mission.

SC : Les résidents sont-ils contents d’avoir cet accompagnement ?

NR : Un attachement se crée entre les résidents et les jeunes. Ils ont du plaisir à être avec eux, ils sont sensibles à leur présence et observateurs « Ah tu n’étais pas là hier ». Ils les attendent, ils deviennent des repères dans le temps.

SC : Les résidents ont un accompagnement de plusieurs volontaires ou un seul avec lequel ils créent des liens et des habitudes ?

NR : Avec les soignants, nous choisissons les personnes âgées les plus isolées, donc les jeunes s’occupent de certains résidents en particulier.

SC : Que pensez-vous que le Service Civique puisse apporter aux jeunes ?

NR : Je pense que cela les aide à confronter leur projet professionnel à la réalité, à gagner en expérience et en capacités relationnelles. Ils se sentent utiles. Et puis ils intègrent des règles de vie en collectivité et pour certains il a fallu apprendre le respect des horaires, l’appel pour signaler une absence.

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