Romane Glotain – 20 ans – Domaine d'action : Santé

Publié le 22/08/2017

Depuis plusieurs années j'ai à coeur de réaliser mon projet professionnel : celui de créer un jardin de soins entre Nantes et St-Nazaire en Loire-Atlantique, pour accueillir des publics vulnérables (enfants, personnes âgées, handicapés, personnes anxieuses...) afin de leur proposer des ateliers à médiation, c'est-à-dire des animations pour accompagner leurs soins conventionnels grâce à un support qui est le jardin et le végétal en général. C'est ce qu'on nomme l'Hortithérapie.

J'ai obtenu en 2016 un BTS en production Horticole au lycée du Fresne d'Angers (49), qui m'a permis d'acquérir des connaissances dans la détermination des plantes, les conditions de culture …
Tout me réussissait jusque-là... J'ai voulu poursuivre en licence professionnelle « Techniques d'intervention et d'animation psychosociales auprès des publics vulnérables » qui se trouvait à Tours pour avoir des connaissances sur les différentes pathologies entre autres.
Malheureusement, je n'ai pas été retenue à cette formation et me retrouvais lâchée, sans rien... dur, dur quand tout est planifié dans sa tête et que la ligne dévie...

J'avais entendu parler du Service Civique, certes, mais pour moi une formation avait plus de valeur et d'importance... Bien sûr, j'ai navigué quelques jours sur le site à taper tous les mots clés possibles pour trouver une mission qui me conviendrait. Et … j'ai trouvé « THE » mission : « Participer à l'accompagnement des personnes en situation de handicap : participation à la promotion d'une démarche éco-citoyenne par la création d'un jardin potager ». Je m'y retrouvais complètement tant pour répondre à l'objectif que je m'étais fixé professionnellement que pour mes valeurs personnelles.

Direction la Sarthe dès le mois de septembre, l’Établissement Public de Santé Mentale de la Sarthe basé à Allonnes (72) m'intégrait dans une mission de 10 mois au Mans (72) au sein d’un foyer de vie pour handicapés mentaux accueillant au quotidien 30 résidents.

Le but était d'aménager un jardin sur les extérieurs du foyer et de proposer des animations en lien.

Je vous avoue qu'il n'est pas facile de se retrouver confrontée à des personnes psychotiques et schizophrènes du jour au lendemain malgré des résidents très accueillants et une équipe de professionnels de santé et d'une tutrice monitrice-éducatrice à l'écoute. Il n'était pas facile non plus pour les résidents de situer mon rôle qui n'était pas celui de soignante. Mais très vite, j'ai proposé des plans de jardin avec des résidents et une équipe très ouverte me laissant autonome sur le projet. Je l'ai réalisé en fonction des envies des résidents.

Au fil des mois, un verger est apparu, des framboisiers, une palette d'aromatiques... Jordan, également en Service Civique au sein de l'EPSM m'a prêté main forte pendant 4 mois pour construire un compost, installer une arche d'entrée...

Le fait d'impliquer les résidents dans le projet a permis entre autres de travailler sur la dépendance au tabac de certains ; « T'as vu Romane, j'ai pas fumé de toute la matinée ! » me disaient certains gros fumeurs qui m'aidaient à jardiner. J'essayais aussi de proposer des animations collectives et individuelles adaptées aux capacités physiques et intellectuelles de chacun pour qu'un maximum participe au projet (herbier en intérieur, plantations de fraisiers, gros travaux...). Certains y venaient tout l'après-midi, d'autres passaient seulement observer...Je n'imposais rien.

Pour la pérennité du projet, je fais confiance à l'équipe pour continuer à accompagner les résidents au jardin qui est un véritable support de soins, oui de soins ! Je me souviens au tout début d'une dame psychotique qui avait participé à la décoration du foyer avec des éléments de l'automne ramassés dans un bois lors d'une sortie ; le sourire que je n'avais jamais vu auparavant lorsqu'elle a vu les châtaignes était juste magique ! Pour vous donner un autre exemple, un résident plus jeune était toujours scotché au chauffage, ou à déambuler dans les couloirs, très perturbé par sa maladie... Au bout de 3 mois de travaux dans le jardin, il est sorti me voir, m'a bombardé de questions sur les plantes, le jardinage, et m'a même aidée à passer le râteau dans le potager, une grande surprise de la part de ce résident ! Et puis c'était aussi simplement réapprendre à tenir un arrosoir pour certains...

Grâce à mon volontariat, j'ai pu aussi être lauréate de l'Institut de l'Engagement qui est une association aidant spécialement les Services Civiques à réaliser leur projet. Je vais être suivie sur 2 ans pour essayer de créer mon entreprise.

Le Service Civique a été une expérience très enrichissante, m'a permis de découvrir le monde de la psychiatrie et son quotidien, m'a fait connaître des professions, a permis de découvrir mes capacités à aménager un jardin pour un public spécifique et m'a confirmé mon envie de réaliser mon projet professionnel.

Je vous avouais au début que je n'étais pas motivée à m'engager en Service Civique et aujourd'hui je me dis : « heureusement que je me suis engagée ! » J'en retiens une expérience formidable et qui va me permettre au mois de septembre prochain d'intégrer la licence de Tours ! Je valoriserai forcément mon expérience à travers mon métier d'Hortithérapeute et j'aurai l'expérience pour pouvoir accueillir, animer, appréhender la maladie dans de bonnes conditions.

Aujourd'hui, je travaille sur ma création d'entreprise et me prépare à intégrer la licence.

Témoignage complet

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